Mardi 19 février 2008
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16:17
10 Mars
Odeur de détergent. Je me réveille en flairant cette odeur mortifère d’émasculation aseptique. Elle s’infiltre en moi. Parcoure mes artères. S’attarde à mes tempes et me
soulève le cœur. J’en ai la nausée. Cela me rappelle tellement …tellement … je ne sais plus. Un âcre souvenir… Je ne sais plus…je n’en perçois plus que la peur, douloureuse, qui s’était
logée au creux de l’estomac, sa langue perverse dévorant mon désir, asservissant ma volonté…
J’essaye de chasser cette sensation au sens oublié, mais elle s’agrippe à l’odeur de désinfectant, partout autour et en dedans, de moi.
Je voudrais me lever. Ma vue se trouble. Tout est blanc. Je vacille. Le blanc n’existe pas. C’est du rien. Le rien, est-ce du vide ? Est-ce l’absence ? Est-ce
seulement le reflet de notre ignorance ? Le pâle constat de notre insanité ? Tout est blanc. L’homme n’est rien, il n’a pas plus de réalité que l’illusion d’un rêve. Il n’est qu’une
abstraite figure en mouvement. Le songe d’un dieu endormi.
Souvent mes rêves nocturnes me retiennent prisonniers. Si bien que je dois lutter pour en sortir et m’éveiller. Ils paraissent si réels, que je ne sais plus très bien s’ils
font parti de moi, ou si c’est moi, qui leur appartiens. Je ne sais pas toujours où est la limite du rêve, ni où commence la vie physique. Peut être cette vie n’est-elle qu’une illusion, peut
être…
Peut être seule la consistance de nos songes peut nous sortir du complot du blanc-rien et du temps. Puisqu’ il n’y a plus que l’espace du songe où je ne suis pas ailleurs
qu’en moi. Je m’y laisse happer par quelques visions psychédéliques. Je sombre bien souvent dans la violence et le froid. Dans l’obscurité de ruelles étroites. Je suis en fuite. Le sol
humide est glissant et rend ma course plus difficile. Haletant. Je sens les pulsations de mon cœur à mes tempes. L’angoisse mord ma nuque et m’exhorte à ne pas ralentir. Un Innommable se
dresse devant moi, un être informe et poisseux qui s’écoule vers moi et essai de m’atteindre, comme un liant qui chercherait à s’emparer de moi. Et l’angoisse qui me murmure narquoise : tu
es fait !
Là commence la lutte pour rejoindre la conscience. Comme en se noyant on cherche instinctivement à rejoindre la surface. Pour éviter la confrontation à l’irreprésentable. Il
est des terres inconnues en soi dont la rencontre nous est insupportable.
Quand je parviens à m’extraire de ce songe, j’ouvre les yeux sur ce plafond blanc. Je suis étendu dans un lit blanc. Je suis seul. Entouré de murs blancs. L’un de ces murs est
troué d’une haute fenêtre, à travers laquelle je ne peux apercevoir qu’un morceau de ciel : blanc. A coté du lit une petite table. Blanche. Une lampe, blanche également, éclaire d’une
lumière blanche un carnet aux pages blanches. Sur la première page quelques notes obscures datées du 10 mars. Evoquant un souvenir oublié aux accents de désinfectant, et quelques rêveries
solitaires…rien de plus. Comme si tout commençait dans cette pièce stérile.
Aucun nom n’est inscrit sur ce carnet. C’est moi qui y aie inscrit ces notes. Mais je ne saurais pas plus que lui décliner mon identité. J’explore en vain ma mémoire. Il n’y a
rien. Pas d’identité, pas d’histoire. Quelques émotions aléatoires peut être, mais rattachées a rien. Elles n’ont pas plus de sens que de raison de m’habiter. Seule l’angoisse de n’être personne
et d’ignorer quel est ce lieu semble justifiée. Mais elle ne m’apporte aucune réponse.
…
(5.02.2008)
Lune